Yonne : les résidences secondaires font place aux "bi-résidences"
- chatelrozanoff
- 2 déc. 2021
- 4 min de lecture

Depuis la pandémie, beaucoup souhaitent changer d'environnement. S'il est trop tôt pour évoquer un "exode urbain", une nouvelle tendance semble émerger.
Depuis quelques années, Bordeaux a vu s'installer des Franciliens attirés par une certaine qualité de vie, à 2h10 de TGV de Paris.
Se mettre au vert, s'installer dans un logement plus spacieux, refaire sa vie au cœur d'une petite ville charmante... Depuis la crise sanitaire, l'idée a germé dans l'esprit de plus d'un habitant des grands centres urbains, confinés dans des espaces réduits et en mal de nature. Mais du rêve à la décision, combien sont-ils à franchir le pas ? Si le phénomène est difficile à mesurer, le marché immobilier donne quelques signaux. Le nombre de transactions dans Paris intra-muros, par exemple, est désormais étonnamment stable, et il en est de même dans d'autres grandes agglomérations comme Lyon ou Toulouse.
"Il y a effectivement un nouveau comportement qui émerge depuis un peu plus d'un an, indique Frédéric Violeau, notaire à Caen et membre du Conseil supérieur du notariat. Nous rencontrons des acquéreurs d'un nouveau genre, comme si une tendance jusque-là sous-jacente avait été mise au jour par l'effet de la crise sanitaire. En revanche, nous ne sommes pas capables de dire si le phénomène sera pérenne." Pas encore de quoi crier à l'exode urbain, certes, mais quelques signaux convergent.
Place aux "bi-résidences"
"Dans un certain nombre de villes moyennes bien reliées aux métropoles, la pression immobilière est désormais plus forte aujourd'hui. C'est un changement. Depuis le début des années 2000 et jusqu'à il y a encore trois ans, ces villes moyennes semblaient en perte de vitesse", observe de son côté Jean-Claude Driant, professeur à l'Ecole d'urbanisme de Paris. C'est notamment le cas en Ile-de-France, où les maisons anciennes à rénover trouvent preneur dans les parties rurales de la Seine-et-Marne, des Yvelines et de l'Essonne, mais pas seulement. Selon l'Insee, la population de certains territoires a sensiblement augmenté depuis le déconfinement, avec une prime aux départements situés près de Paris (Eure, Eure-et-Loir, Loire, Orne, Yonne...) et le long des littoraux (Vendée, Morbihan, Charente-Maritime, Var). Mieux encore : on observe un mouvement similaire dans des espaces ruraux comme le Lot, la Haute Loire ou l'Ardèche.
Fini, le temps des résidences secondaires au sens classique. Place à une logique nouvelle, celle des "bi-résidences", ou résidences principales "bis" : un second logement où l'on télétravaille quelques jours de la semaine, tout en gardant un pied-à-terre principal en ville. A condition, bien sûr, d'avoir la possibilité d'exercer ses activités professionnelles à distance et de disposer d'un budget suffisant...
Si ces tendances sont assez récentes, certains phénomènes bien plus anciens perdurent et s'y mêlent. Bien des familles parisiennes, face à des logements devenus financièrement inaccessibles dans la capitale, continuent de partir vers la banlieue. Ce qui contribue à faire grimper les prix dans des communes historiquement populaires et pousse des ménages aux revenus modestes toujours plus loin... "Ce mouvement vers les périphéries existe depuis au moins 25 ans et se poursuit, analyse Jean-Claude Driant. Toutefois, il s'est sans doute accéléré avec la crise sanitaire, qui a accentué le besoin de verdure et d'espace." D'autres encore quittent carrément l'Ile-de-France pour d'autres métropoles comme Nantes, Bordeaux ou Rennes. Sachant que, là aussi, le mouvement ne date pas d'hier et doit beaucoup au TGV.
Les Français ont la bougeotte
Si ces dynamiques devront encore être confirmées dans les recensements à venir, les Français semblent bel et bien avoir la bougeotte, à en croire les enquêtes d'opinion. "A l'été 2021, 19 % des Français déclaraient vouloir déménager", relève Rémy Oudghiri, directeur de Sociovision, une filiale du groupe Ifop. Avec, sans surprise, une surreprésentation des habitants des métropoles de plus de 100 000 habitants et des Franciliens. Un phénomène particulièrement sensible chez les 25-34 ans, notamment chez les femmes... "On sent qu'il y a dans cette catégorie de la population une envie de déménager, de changer de métier, de se rapprocher de la nature", analyse ce spécialiste du décryptage des évolutions de société et de consommation.
Quelle explication donner à cette appétence des jeunes actifs pour une transformation de leur cadre de vie ? "L'âge joue bien sûr un rôle majeur. C'est une période où l'on se construit, où l'on n'a pas encore d'enfant, où l'on n'est pas encore sûr de sa voie professionnelle, où l'on est encore en période de transition", avance Rémy Oudghiri. Mais il y a autre chose : cette nouvelle génération est soucieuse de bien-être et préoccupée par le changement climatique. "Ce désir de s'installer dans une ville plus petite, voire, pour certains, de se rapprocher du milieu rural, rejoint aussi le besoin de trouver un environnement plus propice à la santé", reprend ce spécialiste de l'opinion. Par ailleurs, les jeunes veulent davantage équilibrer leurs vies personnelle et professionnelle. D'où l'envie de trouver un lieu où, pensent-ils, la pression sera moindre, notamment en termes de transports.
Cela est d'autant plus vrai que, depuis le Covid-19, ceux qui ont la chance de pouvoir télétravailler se sont rendu compte qu'ils avaient la possibilité de changer de cadre de vie tout en préservant leur emploi. Mais attention aux erreurs de calcul ! Certes, en quittant les métropoles, on réalise généralement une belle économie sur son logement. En revanche, une fois installé à la campagne ou dans une petite ville, la voiture devient souvent incontournable. Or celle-ci a un coût souvent oublié. Faute de revenus suffisants, le rêve risque ainsi de rester... un rêve, pendant plusieurs années.
Il est d'autres limites à ces envies d'ailleurs. Si l'on trouve dans les petites villes et les campagnes françaises des logements meilleur marché, une proximité plus grande avec la nature et une qualité de vie différente, il n'est en revanche pas si facile d'y décrocher un emploi aussi intéressant, a fortiori lorsque l'on est le conjoint "qui suit". "Il faut aussi savoir que les salaires y sont souvent en moyenne moins élevés que dans les grandes villes", souligne pour sa part Achille Warnant, doctorant en géographie à l'Ecole des hautes études en sciences sociales. Autant dire que, si un certain rééquilibrage territorial est possible, les métropoles ont encore de l'avenir...
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