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Yonne : L'agroforesterie permet de créer un écosystème entre culture et les arbres dans les champs

  • Photo du rédacteur: chatelrozanoff
    chatelrozanoff
  • 15 déc. 2021
  • 5 min de lecture

Mêler des cultures et des arbres. Résumer ce qu’est l’agroforesterie est assez simple, la mettre en pratique, plus difficile. Mais, porté par des incitations financières de la région ou du département et dans un contexte de changement climatique, les agriculteurs de l’Yonne se sont, cette année, investis dans cette démarche. En une année, le linéaire de haies plantées est ainsi passé de 12 à plus de 80 kilomètres.

Des sols appauvris et sensibles à l’érosion, des animaux qui n’ont pas d’ombre pour s’abriter du soleil caniculaire de l’été, des tomates ou des raisins brûlés, des eaux souterraines polluées… L’installation d’arbres dans les cultures ne manque pas d’arguments. Pourtant ils ont été oubliés, principalement avec le remembrement intensif des parcelles entre les années 1960 et 1980. Pour faire passer les tracteurs sans difficulté, les arbres ont été enlevés.


"Il y a encore quelques années, on avait du mal à convaincre les agriculteurs de garder les arbres, car ils les gênaient"

NADIA BARUCH

(Technicienne au Centre régional de la propriété forestière)


"Il y a encore quelques années, on avait du mal à convaincre les agriculteurs de les garder, car ils les gênaient", soupire Nadia Baruch, conseillère technique au Centre régional de la propriété de Bourgogne Franche-Comté (CRPF), dans l’Yonne. Elle guide et accompagne agriculteurs et institutions en matière d’agroforesterie depuis de nombreuses années.


Pourtant, cette année, 45 kilomètres de haies sont ou vont être plantés par des agriculteurs de l’Yonne, grâce aux aides régionales et départementales, relève Juliette Charon directrice adjointe à l’alimentation, l’agriculture et aux ressources naturelles au conseil départemental, et 36 hectares d’agroforesterie intraparcellaire.


L'agroforesterie

C’est l’association d’arbres et de cultures ou d’animaux, sur une même parcelle agricole, que ce soit en bordure ou en plein champ. Il y a une multitude de systèmes agroforestiers dans les champs, les prairies, les vergers, les vignes, les espaces de maraîchage, etc. Cela peut être intra ou periparcellaire.

"Une dynamique de replantation a été lancée, confirme Nadia Baruch. Ça s’est accentué avec les épisodes de sécheresse et de canicule dans l’Yonne. Des animaux ont eu des coups de chauds, des raisins ont cramé". Ce regain d’intérêt, elle le résume ainsi : "nécessité fait loi". La nécessité des tracteurs les a fait disparaître, celle du changement climatique les fait revenir. "Il y a eu 2003, et puis ces trois dernières années", évoque Jean-Marie Fromonot.


Quand les vignes de l'Yonne se marient aux arbres grâce à la vitiforesterie


L’agriculteur est installé à la ferme de La Loge, à Vermenton, qu’occupe sa famille depuis 100 ans. En matière d’agroforesterie, ce dernier porte un des projets "pilotes" soutenus par le conseil départemental. Autour de l’immense corps de cette ferme du XVIIe siècle, l’agroforesterie s’est imposée. Exploitant de grandes cultures céréalières au moment de son installation dans les années 1970, Jean-Marie Fromonot résume : "un jour ça ne marchait plus". Il s’est progressivement tourné vers l’arrêt du labour, puis le bio (certifié en 2008). "Ça fonctionnait très bien au début, il y avait beaucoup d’aides. Ensuite, il fallait chercher à améliorer, à avancer. Je ne sais pas si j’ai raison ou pas", mais il argumente : "Je m’inquiète de ne plus pouvoir cultiver certaines terres", dont le sol est peu profond et sensible à la chaleur et au manque d’eau. Face à ces désordres de la nature, "planter des arbres est l’une des solutions", assure Juliette Charon. "On n’a rien inventé en fait, ajoute Nadia Baruch. Mais une fois que c’est détruit, c’est plus difficile à refaire. Et les agriculteurs ne savent pas comment faire."

"Je mets des terres à disposition de la société"

JEAN-MARIE FROMONOT

(Agriculteur à la Ferme de La Loge)


Pour cela les équipes des chambres d’agriculture et du CRPF accompagnent les porteurs de projet et s’assurent qu’ils soient techniquement valables. "Un gros dossier comme ça, je ne sais pas si j’y serais arrivé", reconnaît d’ailleurs l’agriculteur de La Loge. "La première chose qu’on fait, c’est de boire un café avec l’agriculteur", plaisantait, vendredi 10 décembre 2021, Étienne Bourgy, chargé de mission à la Chambre d’agriculture de la Nièvre à l’occasion d’une journée d’échange sur ce sujet organisée dans l’Yonne. "L’agriculteur a besoin de s’approprier l’agroforesterie à son image", poursuit-il.


Une image sur mesure pour trouver : le bon endroit, les bonnes essences en fonction des usages (grande culture, maraîchage, élevage…), le nombre d’arbres par hectare notamment en fonction des engins utilisés, la composition des différentes strates des haies, le type d’entretien et de taille… "Les arbres fruitiers greffés demandent plus d’entretien et sont en ronds, là où en agroforesterie intraparcellaire il faut plutôt des arbres élancés. Les non greffés sont en revanche bon aussi pour les abeilles et les oiseaux", site en exemple Nadia Baruch.


Noyers, fruitiers forestiers, cormiers, merisiers...

Cette reconstruction, elle a commencé dès la fin des années 1990 à La Loge, avec la plantation de haies. Cette année, 2.100 mètres de haies ont été plantés, des arbres fruitiers dans un espace de maraîchage et 15 hectares d’agroforesterie intraparcellaire. 15 autres vont suivre rapidement et 15 autres l’année suivante, permettant de courir de la ferme, jusqu’à l’autoroute qui passe au loin avec des jeunes plants de noyers, fruitiers forestiers, cormiers, merisiers, tilleuls à grandes feuilles ou encore des chênes au pied des nombreuses éoliennes qui exploitent le vent qui balaye ces terres.


La Loge a ainsi une "longueur d’avance", mais "on sent un réel intérêt de la profession agricole, assure encore Juliette Charon. Il y a eu tout un tas de faisceaux qui ont eu un effet boule de neige". La communication, le plan de relance, mais aussi, dans l’Yonne, le nouveau programme d’incitation financière (lire ci-dessous). Reste que ces dernières ne doivent pas être la seule motivation. "Il ne faut pas le faire pour vouloir gagner de l’argent, prévient d’ailleurs l’agriculteur de La Loge. Aujourd’hui ça nous coûte", ajoute-t-il. D’ailleurs l’argument initial avancé il y a quelques années, de la "valeur bois" de ces plantations a été abandonné, assure la technicienne du CRPF. "On n’a pas les mêmes arbres seuls dans un champ, qu’en forêt". Les plantations ne doivent pas "avoir un caractère productif", poursuit Juliette Charon.


Changer la structure des paysages

Les objectifs sont ailleurs. "C’est un service direct à l’agriculteur, mais aussi à l’écosystème, pour tout le monde", résume Nadia Baruch. "Je mets des terres à disposition de la société. On fait une ferme d’arbres pour dans 50 ans", note Jean-Marie Fromonot. Ces arbres, ils ont plutôt vocation à être régulateurs thermiques, stocker du carbone, faire de l’ombre, être refuge pour la faune et les auxiliaires de culture, avoir un effet brise-vent, filtrer l’eau, partager le sucre et les éléments minéraux des sols ou encore "changer la structure des paysages, note Nadia Baruch. Les touristes n’ont pas envie de se balader dans des pleines où il n’y a rien".


Aides


Depuis 2021, le conseil départemental apporte un soutien financier aux projets d’agroforestiers pour les agriculteurs, dans le cadre de sa politique sur les espaces naturels sensibles. "On veut être très incitatif", résume Juliette Charon, directrice adjointe à l’alimentation, l’agriculture et aux ressources naturelles. Dans le cadre de l’appel à projet lancé cette année, 32 dossiers ont été déposés, représentants une enveloppe de 200.000 euros. Soit le double de ce qui avait été anticipé. "On a tous types de surface, des exploitations bio ou pas, des éleveurs, en grandes cultures, chez des maraîchers ou en viticulture par exemple à Épineuil, détaille Juliette Charon. Il y a eu peu de dossiers dans l’Avallonnais, quelques-uns en Puisaye" et le plus grand nombre dans les secteurs qui ont aujourd’hui moins d’arbres.


Au niveau de la Région Bourgogne Franche-Comté, un financement est proposé, depuis plus longtemps, notamment via le programme Bocages et paysages. 30 arbres minimum (300 mètres de haies) et jusqu’à 300 arbres sont pris en charge, six essences et 3.000 euros de dépenses minimum. À partir de 100 plants, la prise en charge (mise en place, plants, paillage, protection, etc.) est de 70 %. "Nous complétons cette subvention régionale pour atteindre 100 %", poursuit Juliette Charon. Par ailleurs, en 2021 et 2022, l’État finance dans les parcelles agricoles la plantation de haies et d’arbre grâce au Plan de relance "Plantons des haies".

 
 
 

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