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Interdiction de la chasse : que pensent chasseurs et écologistes de l'Yonne ?

  • Photo du rédacteur: chatelrozanoff
    chatelrozanoff
  • 6 nov. 2021
  • 5 min de lecture


Alors que les propos du candidat écologiste à la présidentielle 2022 Yannick Jadot, qui souhaite interdire la chasse les week-ends et les vacances, animent le débat public, quelles sont les positions des politiques écologistes icaunais ? Comment les chasseurs de l’Yonne réagissent-ils ?


Une simple "déclaration électorale, visant à rameuter tous les opposants à la chasse dans son camp". C’est ainsi qu’Olivier Lecas, président de la Fédération des chasseurs de l’Yonne, qualifie les propos tenus par Yannick Jadot sur BFM TV vendredi. Le candidat Europe Écologie-Les Verts (EELV) à la présidentielle de 2022 y défendait l’interdiction de la chasse le week-end et les vacances scolaires au nom du partage de l’espace public.


"Autant déclarer l’interdiction tout court, 80 % des chasseurs travaillent la semaine, comme tout le monde", oppose Olivier Lecas.


Une manœuvre politique, c’est aussi le point de vue de Maud Navarre, conseillère d’opposition à Auxerre. "C’est une déclaration très radicale qui me surprend", confie l’écologiste qui déclarait pourtant soutenir Yannick Jadot à l’occasion du second tour de la primaire, fin septembre, pour sa vision plus "ouverte", plus susceptible de "convaincre ceux qui ne votent pas pour les écologistes". Mais cette fois, elle est en désaccord. "Il veut raccrocher les électeurs de Sandrine Rousseau. Mais il y a des actifs parmi les chasseurs. Il faut simplement bien encadrer la pratique pour éviter les accidents. De toute façon, on en a besoin pour réguler."


Un loisir, mais aussi une activité de régulation

La régulation est en effet l’argument principal avancé par les chasseurs. Sans eux, certaines espèces qui n’ont pas de prédateurs naturels prolifèrent et l’équilibre de la biodiversité est perturbé. "Les sangliers font du tort aux agriculteurs, que nous indemnisons. On approche des deux millions d’euros de dégâts. Dans certaines zones comme la vallée du Serein, le nord Sénonais, l’Avallonnais et le Chablisien, les chasseurs vont avoir du mal à payer. Alors oui, ordre a été donné de prélever le maximum d’animaux, selon ce qui est fixé par le schéma départemental, pour limiter les dégâts et faire baisser la note", indique Olivier Lecas.

Du côté des écologistes Florence Loury et Matthieu Bittoun, tous deux conseillers d’opposition Europe-Écologie-Les Verts, respectivement à Auxerre et Sens, on met en cause l’agrainage et l’élevage de gibiers. "Comment peut-on élever des animaux, les relâcher et les tuer ?", se demande l’une. "Avec l’agrainage, on se demande si les chasseurs sont régulateurs ou à l’origine de la prolifération", insiste l’autre. "Le petit gibier est en diminution, donc nous en élevons et les relâchons pour le repeuplement, notamment des perdrix et des faisans. Et l’agrainage, c’est-à-dire donner à manger aux sangliers et aux chevreuils dans la forêt, permet d’éviter qu’ils n’aillent se servir chez les agriculteurs. Encore une fois, il s’agit de régulation", répond le président de la Fédération des chasseurs.

Olivier Lecas, de la fédération des chasseurs de l'Yonne : "Nos opposants détricotent la chasse"


Le partage de l'espace public, argument n°1

Si Florence Loury indique "comprendre cette problématique", elle soutient son chef de parti et a signé la pétition qu’il a mise en ligne sur le sujet. "L’argument qui me touche, c’est celui sur le partage des espaces naturels. Il faut interroger le bien commun. Quelle est la proportion de chasseurs face à celle des autres usagers ? La société évolue, les gens ont besoin de se reconnecter à la nature. Ils se soucient du bien-être animal. Je ne comprends pas pourquoi on ne pourrait pas débattre du sujet, sous prétexte de traditions."

À Sens, Mathieu Bittoun est sur la même longueur d’onde. "Moi, je me balade avec mes enfants, ça ne me rassure pas de savoir que des gens avec des fusils sont juste à côté. Il y a des accidents. Il faudrait réunir tout le monde autour d’une table. C’est un sujet complexe et je n’ai pas la prétention de tout connaître. Cependant, la pollution au plomb entraînée par la chasse me semble être un problème important."


"90 % des victimes d’accidents sont des chasseurs"

Face aux arguments avancés par les deux membres d’Europe-Écologie-Les-Verts, les chasseurs s’appuient sur les statistiques de l’accidentologie et la réglementation. "Les consignes sont strictes en matière de distances de tir, d’angle, de position des autres, etc. Tous les accidents sont déclarés en gendarmerie : 90 % des victimes d’accidents sont des chasseurs selon le bilan de l’Office français de la biodiversité. Bien sûr, la plupart sont liés à une erreur humaine. Mais nous formons de mieux en mieux les chasseurs et nous nous organisons déjà avec les associations de randonneurs pour un partage de l’espace en bonne intelligence", martèle le président de la Fédération.


"La chasse se pratique sur des territoires privés, on ne peut pas interdire aux gens de faire ce qu’ils veulent chez eux."

OLIVIER LECAS (Président de la Fédération des chasseurs de l'Yonne)


"Quant à la pollution au plomb, la réglementation européenne interdit le plomb en zone humide. Nous savons que des lois sont en préparation pour passer à l’acier. Évidemment, il faudra changer d’arme, ce sera cher et ça conduira certainement à l’arrêt de la pratique pour certains. Mais combien de communes ont gardé des canalisations en plomb ? Je pense que c’est bien plus nocif pour l’homme et les politiques ne s’en préoccupent pas."


La propriété privée, une notion floue en forêt

Reste que le discours tenu par Yannick Jadot semble manquer de précision. "Si on interdit la chasse le week-end et les vacances dans les forêts publiques, les chasseurs pourront toujours aller chasser sur les domaines privés", lance Matthieu Bittoun. "La chasse se pratique sur des territoires privés, on ne peut pas interdire aux gens de faire ce qu’ils veulent chez eux", s’offusque le président de la Fédération. "Souvent, des promeneurs isolés ne font pas la distinction entre domaine public et propriété privée", ajoute Régis Longuet, chasseur régulier.


En France, 85 % des forêts sont privées. Yannick Jadot veut-il légiférer la chasse partout, ou uniquement sur les 15 % de forêts publiques ? Rien, dans sa déclaration, ne permet de le deviner. Laissant politiques, chasseurs et promeneurs dans le flou.


La chasse à courre, très peu pratiquée dans l'Yonne

Autre proposition de Yannick Jadot, l’interdiction totale de la chasse à courre, jugée cruelle. Cette pratique, qui consiste à poursuivre le gibier jusqu’à ce qu’il s’épuise, met tout le monde d’accord. "De la torture animale" pour Maud Navarre, "sans aucune utilité de régulation" selon Matthieu Bittoun ; "une pratique cruelle difficilement assimilable à un loisir", conclut Florence Loury.


"Effectivement, on aime ou on n’aime pas, comme la corrida. C’est ancestral, mais il y a un côté très dur. Je défends tous les types de chasse. Si on la supprime, ce sera pour toujours. Et puis, il faut relativiser. Avant, la forêt de Saint-Fargeau était un domaine connu pour ça. Mais désormais, il n’y a plus qu’un équipage icaunais qui pratique la chasse à courre, et deux ou trois qui viennent d’autres départements chasser le chevreuil", détaille Olivier Lecas.

 
 
 

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